Astronomie : des chercheurs observent la naissance de planètes autour de l’étoile AB Aurigae

Pour la première fois, des astronomes ont saisi le moment où une planète prend forme autour d’une autre étoile que le Soleil. La cible, AB Aurigae, est une étoile très jeune située à environ 520 années-lumière de la Terre, dans la constellation du Cocher (Auriga). Autour d’elle, un vaste disque de matière tourbillonne — et c’est exactement là que les chercheurs ont repéré les indices d’une planète en pleine croissance. Le résultat, publié dans la revue scientifique Astronomy & Astrophysics, repose sur des images parmi les plus profondes jamais obtenues de ce système. Il ne s’agit pas d’observer une planète déjà formée, mais de surprendre la formation elle-même, en train de se produire. Une nuance essentielle, et un objectif que les astronomes poursuivaient depuis des décennies.

La découverte #

Au cœur du disque qui entoure AB Aurigae, les astronomes ont identifié une spirale bien dessinée, présentant une « torsion » (un twist en anglais) à un endroit précis. C’est cette torsion qui constitue le signal recherché : elle correspond, selon les chercheurs, à l’emplacement d’une planète géante en formation. La planète candidate se situe relativement loin de son étoile, à une distance comparable à celle qui sépare Neptune du Soleil — soit environ 30 fois la distance Terre-Soleil. Autour d’elle, le gaz et la poussière du disque s’accumulent peu à peu, alimentant sa croissance. Ce processus d’accumulation porte un nom : l’accrétion. Les premiers soupçons remontent à des observations antérieures menées avec ALMA, le grand réseau d’antennes millimétriques installé lui aussi au Chili et dont l’ESO est partenaire. ALMA avait suggéré que quelque chose se tramait dans le disque. Restait à le confirmer en lumière visible et infrarouge, avec une finesse de détail suffisante — c’est ce qu’a permis SPHERE.

Comment les astronomes ont vu ça #

Observer une planète en formation est un défi technique redoutable. Le disque entoure une étoile bien plus brillante que tout ce qui l’environne : c’est un peu comme tenter de distinguer une luciole juste à côté d’un phare. Pour y parvenir, les chercheurs ont utilisé SPHERE (pour Spectro-Polarimetric High-contrast Exoplanet Research), un instrument spécialisé installé sur le Très Grand Télescope (VLT) de l’Observatoire européen austral (ESO), au sommet du Cerro Paranal, dans le désert d’Atacama au Chili. SPHERE est conçu pour masquer la lumière éblouissante de l’étoile centrale et faire ressortir les structures ténues du disque qui l’entoure. Les observations ont été menées en 2019 et au début 2020 par une équipe internationale — réunissant des chercheurs de France, de Taïwan, des États-Unis et de Belgique — pilotée par l’astronome Anthony Boccaletti, de l’Observatoire de Paris. Le détail crucial est cette torsion dans la spirale. Les simulations sur ordinateur l’avaient prédit : une planète en train de grandir engendre deux bras spiraux — l’un qui s’enroule vers l’intérieur, l’autre qui s’étire vers l’extérieur — et ces deux bras se rejoignent précisément à l’emplacement de la planète. C’est là que le gaz et la poussière convergent pour la nourrir. Observer une telle « jonction » dans les données réelles correspond exactement à ce que la théorie attendait.

Pourquoi c’est important #

Jusqu’ici, les astronomes connaissaient des milliers de planètes hors de notre système solaire — les fameuses exoplanètes — mais ils les détectaient presque toujours une fois déjà formées. Le mécanisme exact de leur naissance restait largement théorique, reconstitué à partir de modèles plutôt qu’observé en direct. AB Aurigae change la donne : c’est l’une des premières fois qu’on saisit le lien direct entre une planète candidate et la signature qu’elle imprime dans son disque. Autrement dit, on ne déduit pas seulement la présence d’une planète, on observe le processus de formation en action.
~520
années-lumière de la Terre
<10
millions d’années (âge)
~30
fois la distance Terre-Soleil
Ordres de grandeur indicatifs — voir sources en fin d’article.
L’enjeu dépasse le seul cas d’AB Aurigae. Comprendre comment naissent les planètes géantes, c’est aussi éclairer la façon dont notre propre système solaire s’est constitué, il y a des milliards d’années. Chaque disque observé est une fenêtre ouverte sur un passé que nous ne pouvons pas remonter directement.

Ce que ça nous apprend #

Cette observation valide concrètement un scénario théorique : les planètes géantes se forment au sein du disque en captant la matière environnante, et elles laissent des traces reconnaissables — des spirales et des torsions — pendant qu’elles grandissent. Ces structures ne sont plus de simples prédictions de modèles, mais des objets désormais visibles. Il faut toutefois rester prudent sur le vocabulaire. Les astronomes parlent d’une planète candidate ou d’indices de formation : la prudence scientifique impose de confirmer ces résultats par d’autres méthodes et d’autres instruments avant de conclure définitivement. C’est précisément ce qui s’est passé depuis. En 2025, une équipe internationale a annoncé avoir détecté une signature de l’hydrogène en provenance de la protoplanète, baptisée AB Aurigae b, grâce à une autre observation au VLT. Cette signature est typique d’un objet en pleine accrétion, qui « avale » du gaz — un argument de plus en faveur de l’interprétation initiale.
Repère Détail
ÉtoileAB Aurigae, jeune étoile de Herbig Ae, constellation du Cocher
DistanceEnviron 520 années-lumière de la Terre
InstrumentSPHERE, sur le Très Grand Télescope (VLT) de l’ESO, Chili
Indice cléSpirale avec torsion = zone d’accrétion d’une planète en formation
PublicationRevue Astronomy & Astrophysics (équipe menée par A. Boccaletti)
SuiteDétection (2025) d’hydrogène lié à la protoplanète AB Aurigae b
Les prochaines étapes consisteront à observer AB Aurigae avec des instruments encore plus puissants, comme le télescope spatial James Webb ou, à terme, l’Extremely Large Telescope de l’ESO. L’objectif : confirmer la masse de la planète, mesurer son orbite et déterminer comment, exactement, elle s’est formée si loin de son étoile.
«
Observer la torsion d’une spirale, c’est surprendre une planète au moment précis où elle vient au monde.
— D’après les travaux SPHERE / ESO

En résumé #

Le système AB Aurigae offre une vue rare et précieuse sur la naissance d’une planète géante. Grâce à l’instrument SPHERE du VLT, les astronomes ont pu relier une structure observée — la fameuse spirale tordue — à un mécanisme physique précis : l’accrétion de gaz et de poussière sur une planète en croissance. Un résultat publié dans Astronomy & Astrophysics, conforté depuis par de nouvelles observations, qui rapproche un peu plus la théorie de la formation planétaire de l’observation directe.

Questions fréquentes #

Qu’est-ce que l’étoile AB Aurigae ? +
AB Aurigae est une jeune étoile de type Herbig Ae, plus massive et plus chaude que le Soleil, âgée de moins de 10 millions d’années. Elle se trouve à environ 520 années-lumière de la Terre, dans la constellation du Cocher (Auriga). Elle est entourée d’un disque de gaz et de poussière où des planètes sont en train de se former.
Comment a-t-on observé la formation de la planète ? +
Grâce à l’instrument SPHERE installé sur le Très Grand Télescope (VLT) de l’ESO, au Chili. SPHERE masque la lumière éblouissante de l’étoile pour révéler les structures ténues du disque environnant. Il a permis d’imager une spirale présentant une torsion, signature d’une planète en formation.
Que signifie la « torsion » repérée dans la spirale ? +
Une planète en formation perturbe le gaz autour d’elle et crée deux bras en spirale qui se rejoignent à son emplacement. Cette jonction, ou « torsion », marque la zone où le gaz et la poussière s’accumulent pour faire grandir la planète. Sa présence correspond exactement à ce que prévoyaient les simulations.
Où la planète se forme-t-elle exactement ? +
La planète candidate se trouve loin de son étoile, à une distance comparable à celle qui sépare Neptune du Soleil — soit environ 30 fois la distance entre la Terre et le Soleil. Cette grande séparation pose d’ailleurs des questions sur la manière dont une planète peut se former aussi loin de son astre.
Cette planète est-elle confirmée à 100 % ? +
Les chercheurs parlent d’indices solides et d’une planète candidate, AB Aurigae b, plutôt que d’une certitude absolue. L’interprétation a toutefois été renforcée par des observations ultérieures, dont la détection en 2025 d’une signature d’hydrogène typique d’un objet en train d’accumuler du gaz. D’autres instruments, comme le télescope James Webb, devraient affiner ces conclusions.

Sources : revues scientifiques (Astronomy & Astrophysics, ESO) et données publiques. Article mis à jour régulièrement.

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