L’intersyndicale de Radio France a déposé le jeudi 3 septembre 2026 un préavis de grève pour le dimanche 13 et le lundi 14 septembre, afin de demander le retrait de la chronique politique dominicale confiée sur France Inter à Charles Sapin, directeur adjoint de la rédaction de l’hebdomadaire Valeurs actuelles — la direction de Radio France refuse de retirer la chronique.
Le conflit s’est noué en une semaine, entre la première diffusion de la chronique le dimanche 30 août et le dépôt du préavis le 3 septembre. Il oppose les personnels du groupe public, qui jugent ce recrutement incompatible avec les valeurs du service public, à une direction qui le défend au nom du pluralisme, à l’entrée d’une année électorale. Voici les faits, les dates et les positions en présence.
En bref #
- Le préavis de grève couvre le groupe Radio France les dimanche 13 et lundi 14 septembre 2026 ; aucun détail public à ce stade sur les programmes touchés.
- La contestation vise la chronique politique du dimanche confiée à Charles Sapin, directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles, diffusée sur France Inter depuis le 30 août.
- Une motion votée à l’unanimité en assemblée générale le 2 septembre exprime un « refus catégorique » de cette arrivée ; la présidente Sibyle Veil maintient la chronique.
- La ministre de la Culture, Catherine Pégard, a mis en garde le 4 septembre sur RTL contre « la chasse aux sorcières ».
Chronologie : du 27 août au 14 septembre #
| Date | Événement | Fait rapporté |
|---|---|---|
| 27 août | Premières réactions syndicales | Le SNJ Radio France demande le retrait de la chronique ; le SNJ-CGT dénonce une « ligne rouge inacceptable ». |
| Dimanche 30 août | Première diffusion | Charles Sapin livre sa première chronique dans la matinale du week-end de France Inter. |
| Mercredi 2 septembre | Assemblée générale | Environ une centaine de personnels adoptent à l’unanimité une motion de « refus catégorique » et votent le principe d’une grève. |
| Jeudi 3 septembre | Conférence de presse de rentrée | Sibyle Veil maintient la chronique ; l’intersyndicale dépose un préavis de grève pour les 13 et 14 septembre. |
| Vendredi 4 septembre | Réactions publiques | Catherine Pégard réagit sur RTL ; la médiatrice de Radio France publie les réponses de la direction aux auditeurs. |
| Dimanche 13 et lundi 14 septembre | Grève annoncée | Cessation de travail à Radio France ; rassemblement d’auditeurs annoncé le dimanche 13 à 14 heures. |
Que s’est-il passé à Radio France ? #
Charles Sapin, journaliste politique passé par Le Point puis nommé directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles, a été recruté pour un billet politique hebdomadaire sur France Inter, le dimanche dans la matinale du week-end, aux côtés d’autres éditorialistes présentés par la direction comme venant de « toutes tendances ». Sa première chronique a été diffusée le dimanche 30 août 2026.
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Le mercredi 2 septembre, lors d’une assemblée générale réunissant environ une centaine de personnels de Radio France, une motion a été adoptée à l’unanimité. Le texte, consulté par l’AFP et rapporté notamment par 20 Minutes, exprime le « refus catégorique » de l’arrivée de Charles Sapin à l’antenne et estime que son magazine porte des valeurs non « compatibles » avec celles du groupe public. La motion affirme que « le pluralisme ne peut servir de prétexte à la légitimation de toutes les paroles ».
Le lendemain, l’intersyndicale — CGT, CFDT, FO, SNJ, SUD et UNSA, selon les décomptes de presse — a déposé un préavis de grève pour les 13 et 14 septembre. La grève débute donc un dimanche, jour de diffusion de la chronique en cause.
Qui est Charles Sapin et quel est son rôle sur France Inter ? #
Charles Sapin est un journaliste politique. Il a travaillé au Point avant de rejoindre Valeurs actuelles, où il vient d’être nommé directeur adjoint de la rédaction. Dans un message cité par la presse au moment de sa nomination, il écrivait : « Après de belles années au Point, où j’ai beaucoup appris et rencontré des confrères précieux, je suis fier de rejoindre aujourd’hui Valeurs comme directeur adjoint de la rédaction ».
Sur France Inter, première radio de France en audience, il tient depuis le 30 août un billet politique chaque dimanche dans la matinale du week-end. Pour comprendre ce que recouvre ce rôle, voir notre repère : c’est quoi, un éditorialiste ?
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Ce que disent les syndicats #
Les organisations syndicales et les personnels mobilisés demandent le retrait de la chronique. Dès le 27 août, le SNJ Radio France avait réclamé ce retrait, en reprochant à Valeurs actuelles d’avoir participé à une campagne de dénigrement contre l’audiovisuel public, selon l’agence Anadolu. Le SNJ-CGT a dénoncé une « ligne rouge inacceptable ». En assemblée générale, un responsable syndical a lancé : « Le pluralisme, jusqu’où ? », selon 20 Minutes et l’AFP.
À l’appui de leur refus, les opposants rappellent que Valeurs actuelles, classé très à droite par l’AFP, a été plusieurs fois condamné en justice, notamment en 2021 après avoir dépeint en esclave la députée LFI Danièle Obono — le magazine était alors dirigé par Geoffroy Lejeune, passé depuis au JDD. Un autre syndicaliste cité par 20 Minutes a déclaré en assemblée générale : « On courbe la nuque devant ceux qui ont promis de nous décapiter », en référence aux accusations de partialité visant l’audiovisuel public et à la menace de privatisation du secteur portée par le Rassemblement national.
Ce que répond la direction de Radio France #
Lors de la conférence de presse de rentrée, le jeudi 3 septembre, la présidente de Radio France Sibyle Veil a déclaré : « Je comprends les réactions, les indignations […] l’émotion sincère car le service public appartient à tout le monde. Mais le service public n’est pas un champ de bataille, il n’est pas non plus un champ neutre et aseptisé. C’est une maison ouverte, indépendante et impartiale, et on fait tenir sur la même antenne des gens qui ne pensent pas la même chose, à l’image de notre pays. »
Céline Pigalle, directrice de France Inter, a expliqué sur le site de la médiatrice de Radio France : « Nous sommes aujourd’hui dans une société où la conversation s’est arrêtée ». Elle précise que Charles Sapin « proposera chaque semaine un regard qui sera celui d’un journaliste spécialisé » et ajoute : « Le racisme est un délit et il n’aura jamais sa place sur notre antenne. »
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Vincent Meslet, directeur éditorial de Radio France, a déclaré, selon Puremédias : « Le numéro deux de la rédaction d’un journal condamné par le passé pour injures racistes, sur l’antenne du service public, à l’entrée d’une année électorale : ce symbole, nous ne le minimisons pas », avant d’ajouter : « Regardons aussi l’autre symbole, celui que nous enverrions en reculant. » Sur le site de la médiatrice, il résume la position de la direction : « On ne condamne personne avant qu’il ait parlé. On ne passe rien après. »
Ce que dit la ministre de la Culture #
Le vendredi 4 septembre, la ministre de la Culture Catherine Pégard a réagi sur RTL : « Le procès d’intention c’est quand même assez désagréable, la chasse aux sorcières c’est toujours désagréable et je pense que si on a choisi ce chroniqueur, il faut entendre ses propos », des propos qui ne doivent être « ni des propos de haine, ni des propos de combat politique », selon les mots rapportés par 20 Minutes.
Elle a également estimé : « La maison de France Inter doit être ouverte […] Les éditorialistes sont là pour exprimer une opinion, la leur, pas celle forcément des journaux dans lesquels ils travaillent », avant d’ajouter : « J’observe que ce pluralisme est respecté dans la rentrée de France Inter » et que « pendant cette année électorale, il doit y avoir du débat ».
Et pour l’auditeur, concrètement ? #
À ce stade, l’ampleur des perturbations d’antenne les 13 et 14 septembre n’est pas connue : aucune liste de programmes touchés ni grille de remplacement n’a été publiée. Le préavis couvre le groupe public Radio France — France Inter, franceinfo, France Culture, France Musique, FIP, Mouv’ et ICI — sans détail par antenne à ce jour.
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Deux repères sont en revanche établis : la grève débute le dimanche 13 septembre, jour de diffusion de la chronique contestée, et un rassemblement d’auditeurs est annoncé ce même dimanche à 14 heures, selon l’AFP citée par Puremédias. Ce mouvement s’ajoute à un mois de septembre déjà marqué par plusieurs conflits sociaux, notamment dans les transports.
Mini-FAQ #
Qui fait grève à Radio France les 13 et 14 septembre 2026 ?
Qui est Charles Sapin ?
Les programmes de Radio France seront-ils perturbés les 13 et 14 septembre ?
À retenir #
Le préavis de grève des 13 et 14 septembre 2026 à Radio France ne porte ni sur les salaires ni sur l’emploi : il demande le retrait d’une chronique. Les personnels, dans leur motion, jugent les valeurs de Valeurs actuelles non « compatibles » avec celles du service public ; la direction maintient son choix au nom d’une antenne qui fait « tenir […] des gens qui ne pensent pas la même chose » ; la ministre de la Culture appelle à « entendre ses propos » avant de juger. L’audiovisuel public dans son ensemble aborde cette année électorale sous le regard du public — côté télévision, France Télévisions mise notamment sur sa plateforme gratuite france.tv. Prochain rendez-vous : le dimanche 13 septembre.