Groenland : ce que contient l’accord Trump–Danemark signé cette semaine à l’ONU, et pourquoi Copenhague parle de souveraineté, pas de contrôle

L’accord de sécurité sur le Groenland annoncé par Donald Trump le vendredi 18 septembre 2026 donne aux États-Unis le droit d’étendre leur présence militaire sur l’île et interdit à leurs « adversaires » — la Chine et la Russie au premier chef — d’y installer bases, personnels ou investissements sensibles sans autorisation écrite de Washington ; en revanche, contrairement à la formule de « contrôle permanent » employée par le président américain, le texte ne transfère aucune souveraineté : Copenhague et Nuuk insistent sur le maintien du Groenland dans le royaume du Danemark et sur le droit des Groenlandais à l’autodétermination. L’accord doit être signé cette semaine à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, puis approuvé par les Parlements danois et groenlandais avant d’entrer en vigueur. Son texte intégral n’a pas encore été publié.

« What we know about Trump’s Greenland deal with Denmark » — Reuters (751 000 de vues sur YouTube au 22/09/2026)

En bref

  • Qui : États-Unis, Danemark et Groenland (territoire autonome de 56 000 habitants), accord trilatéral annoncé le 18 septembre sur Truth Social.
  • Quoi : présence militaire américaine renforcée, interdiction de toute installation militaire d’un pays non membre de l’OTAN, filtrage des investissements russes et chinois.
  • Ce qui ne change pas : la souveraineté danoise et le droit à l’autodétermination des Groenlandais, écrits noir sur blanc selon la Première ministre Mette Frederiksen.
  • Quand : signature cette semaine à l’ONU, puis ratification parlementaire à Copenhague et à Nuuk.

Ce que dit Trump, et ce que disent Copenhague et Nuuk #

Le président américain a annoncé l’accord sur son réseau Truth Social en le qualifiant d’« historique » et de « rêve devenu réalité ». Selon ses mots, les États-Unis auront « pour toujours la capacité complète de faire ce qui est nécessaire au Groenland » et obtiennent « le contrôle permanent de la sécurité et de tous les autres besoins » sur l’île. Le secrétaire d’État Marco Rubio a ajouté que l’accord réglait « de façon permanente et complète » les préoccupations de sécurité nationale de Washington.

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Le vocabulaire est tout autre à Copenhague. La Première ministre danoise Mette Frederiksen souligne que l’accord « reconnaît la souveraineté et l’intégrité territoriale du royaume, et le droit du peuple groenlandais à l’autodétermination ». Son ministre des Affaires étrangères, Lars Løkke Rasmussen, a écrit sur Instagram : « Une période d’incertitude sera, espérons-le, remplacée par un accord contraignant qui renforce la sécurité dans l’Arctique et l’Atlantique Nord, et donc notre sécurité commune au sein de l’OTAN et de l’Europe. » À Nuuk, le chef du gouvernement groenlandais Jens-Frederik Nielsen y voit un texte qui « renforce » la sécurité de l’île et sert « non seulement notre sécurité collective, mais aussi le développement continu ici, dans le pays ».

Deux lectures, un même texte : Washington parle de contrôle, Copenhague et Nuuk d’un accord de sécurité entre trois partenaires. Aucun responsable danois ou groenlandais n’a décrit l’accord comme un transfert de souveraineté — et c’est précisément l’absence de ce mot dans la version de Donald Trump qui fait la différence.

Le contenu de l’accord, point par point #

Clause Ce qui est annoncé
Présence militaire américaine Extension de l’empreinte militaire des États-Unis « dans les zones appropriées » de l’île ; d’après franceinfo, jusqu’à trois nouvelles bases sont envisagées dans le sud. Aujourd’hui, la seule installation américaine est la base spatiale de Pituffik, au nord-ouest.
Adversaires écartés Aucun pays « adversaire » des États-Unis ne peut établir de base ni stationner de personnel au Groenland sans autorisation écrite de Washington ; les installations militaires de pays hors OTAN sont interdites.
Investissements Restrictions sur les investissements russes et chinois dans les infrastructures et secteurs sensibles.
Souveraineté Le Groenland reste dans le royaume du Danemark ; le droit à l’autodétermination des Groenlandais est reconnu.
Base juridique L’accord s’ajoute au traité de défense de 1951, amendé en 2004, qui donne déjà aux États-Unis de très larges droits de survol et de stationnement.
Calendrier Signature prévue cette semaine à l’Assemblée générale de l’ONU, puis vote des Parlements danois (Folketing) et groenlandais (Inatsisartut).

Ce que l’on ne sait pas encore : le texte complet n’a pas été rendu public, comme le relève franceinfo. La portée exacte des nouveaux droits par rapport au traité de 1951, la localisation et le calendrier des bases, ou encore le mécanisme de contrôle des investissements restent à lire dans le document signé.

Vingt mois de crise : les dates qui comptent #

Pour comprendre pourquoi un accord de sécurité assez classique dans son contenu est présenté comme « historique », il faut se souvenir d’où l’on vient. Dès décembre 2024, le président élu Trump qualifiait le contrôle du Groenland d’« absolue nécessité ». En mars 2025, le vice-président J. D. Vance se rendait sans invitation à la base de Pituffik pour y dénoncer les « manquements » du Danemark envers les Groenlandais. En janvier 2026, l’escalade a atteint son sommet : Donald Trump refusait d’exclure une intervention militaire et annonçait une surtaxe douanière de 10 % au 1er février, portée à 25 % au 1er juin, sur les produits de huit pays européens qui soutenaient le Danemark — la France en faisait partie, avec l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Suède, la Norvège, les Pays-Bas et la Finlande.

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Le 21 janvier, à Davos, tout s’est retourné en une phrase : après une réunion avec le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte, le président américain annonçait avoir « conçu le cadre d’un futur accord concernant le Groenland et, en réalité, toute la région arctique », et renonçait aux droits de douane. Huit mois plus tard, l’accord du 18 septembre est la traduction de ce « cadre » dont personne ne connaissait alors le contenu. Nous avions déjà suivi deux épisodes de cette saga : l’arrivée sans autorisation du matériel de forage d’une société pétrolière liée à l’entourage de Trump, en août, et la carte publiée par le président plaçant l’Islande et cinq territoires français sous drapeau américain, en septembre.

« L’accord reconnaît la souveraineté et l’intégrité territoriale du royaume, et le droit du peuple groenlandais à l’autodétermination. »

— Mette Frederiksen, Première ministre du Danemark, 18 septembre 2026 (propos rapportés par AP, franceinfo et Al Jazeera)

Et pour la France, concrètement ? #

D’abord, la fin d’une menace commerciale. La surtaxe de 10 % puis 25 % brandie en janvier visait nommément les exportations françaises ; le « cadre » de Davos l’avait suspendue, l’accord du 18 septembre referme le dossier qui la justifiait. Ensuite, l’OTAN. Le Danemark est un allié, et la perspective d’une annexion par un autre allié avait ouvert une crise inédite dans l’Alliance : la formule retenue — plus de bases américaines, mais sous souveraineté danoise — ressemble davantage au modèle de 1951 renforcé qu’à une rupture. Enfin, l’Arctique. Fonte des glaces, nouvelles routes maritimes, minerais critiques : le verrouillage de l’île face à la Chine et à la Russie est aussi une décision qui concerne l’Union européenne, dont le Groenland est l’un des pays et territoires d’outre-mer associés.

Le fan de géopolitique retiendra un détail : l’accord est trilatéral. Nuuk signe au même titre que Copenhague, ce qui consacre le gouvernement groenlandais comme interlocuteur direct de Washington — une reconnaissance que la plupart des partis de l’île, favorables à une indépendance à terme, réclamaient depuis longtemps.

Les États-Unis vont-ils « prendre le contrôle » du Groenland ?

Non au sens juridique. L’accord annoncé le 18 septembre 2026 porte sur la sécurité : davantage de présence militaire américaine et l’exclusion des installations de pays hors OTAN. Le Danemark et le Groenland affirment que la souveraineté du royaume et le droit à l’autodétermination des Groenlandais sont explicitement reconnus. Le mot « contrôle permanent » n’apparaît que dans la communication de Donald Trump.

Quand l’accord entre-t-il en vigueur ?

Il doit d’abord être signé cette semaine, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU à New York, puis approuvé par le Parlement danois et par le Parlement groenlandais. Aucune date d’entrée en vigueur n’a été communiquée à ce stade et le texte intégral n’a pas été publié.

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Pourquoi la France était-elle concernée par cette crise ?

Parce qu’en janvier 2026, Donald Trump avait annoncé une surtaxe douanière de 10 % au 1er février, puis 25 % au 1er juin, sur les produits de huit pays européens ayant pris position pour le Danemark, dont la France. Il y a renoncé le 21 janvier à Davos après avoir annoncé un « cadre » d’accord avec l’OTAN, dont l’accord du 18 septembre est l’aboutissement.

À retenir

  • Accord de sécurité États-Unis – Danemark – Groenland annoncé le 18 septembre 2026, signature cette semaine à l’ONU, ratification parlementaire ensuite.
  • Contenu : présence militaire américaine étendue, aucune base ni personnel d’un pays « adversaire » ou hors OTAN sans feu vert de Washington, investissements russes et chinois filtrés.
  • Pas de transfert de souveraineté : Copenhague et Nuuk parlent d’un accord entre partenaires, Trump de « contrôle permanent ».
  • Pour la France : la menace de surtaxe de 10 à 25 % sur les exportations, agitée en janvier, appartient au passé.

Sources : franceinfo (18 septembre 2026) · Al Jazeera (18 septembre 2026) · AP via ABC News (19 septembre 2026) · franceinfo (21 janvier 2026, droits de douane) · RTS (21 janvier 2026) · chronologie de la crise du Groenland (Wikipédia). Citations traduites de l’anglais et du danois par nos soins.

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