Rafale F5 : c’est quoi le « super Rafale » de Dassault, et pour quand ?

Le « super Rafale » dont parle le patron de Dassault Aviation n’est pas un avion neuf : c’est le Rafale F5, la prochaine version du chasseur français, qu’Éric Trappier situe « au rendez-vous de 2033, 2035 ». Le PDG (président-directeur général) de l’avionneur l’a dit le mercredi 26 août 2026 sur BFM Business, interrogé en marge des Rencontres des entrepreneurs de France, à Paris. La dépêche qui porte ses propos n’a été diffusée que le lendemain matin, le 27 août à 9 h 38 : d’où les deux dates qui circulent. La déclaration est bien du 26.

⚡ En bref
  • Quel avion : le Rafale F5, une évolution profonde du Rafale actuel — pas un appareil dessiné à partir d’une feuille blanche.
  • Pour quand : 2033-2035 pour les armées françaises ; « à partir de 2035 » pour l’exportation, selon Éric Trappier.
  • Ce qu’il apporte : un moteur plus puissant, le missile nucléaire hypersonique ASN4G, et un drone de combat furtif qui vole avec lui.
  • Le contexte : Paris et Berlin ont convenu, le 8 juin 2026, de ne plus développer ensemble l’avion de combat commun du programme SCAF.
2033-2035
fenêtre citée par Éric Trappier pour le Rafale F5
208
Rafale restant à livrer au 30 juin 2026, dont 43 pour la France
20
Rafale décalés de 2031/32 à 2033/34 pour être produits directement au standard F5
+20 %
de poussée visée par le moteur M88 T-REX, soit environ 9 tonnes avec postcombustion

Ce qu’a dit Éric Trappier, mot pour mot #

Le PDG de Dassault Aviation répondait à BFM Business en marge des Rencontres des entrepreneurs de France, la réunion de rentrée du patronat, à Paris. Trois phrases structurent sa réponse.

« On travaille aujourd’hui sur ce super Rafale, qu’on appelle le Rafale F5. (…) C’est une demande des armées françaises. »

« C’est pour être au rendez-vous de 2033, 2035. »

« Il n’y a pas aujourd’hui de codéveloppement avec des pays étrangers. Par contre, c’est un standard et un avion — parce que l’avion sera un petit peu plus développé — qu’on pourra proposer à partir de 2035 à l’exportation. »

Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, sur BFM Business, le 26 août 2026.

Il a aussi écarté l’idée d’un mariage industriel : « Pourquoi faire un regroupement capitalistique pour faire un avion si on sait déjà faire un avion avec un seul constructeur ? », tout en ajoutant que « on peut faire des coopérations. C’est ce qu’on proposera ».

Point important : la fourchette 2033-2035 est de Trappier lui-même, pas une reconstitution de journaliste. Elle recoupe deux jalons publics indépendants — la mise en service du missile ASN4G annoncée « à l’horizon 2035 » par la Direction générale de l’armement (DGA), et une capacité opérationnelle du drone de combat associé visée en 2033 par Dassault.

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Le détail que les reprises généralistes ont laissé passer #

Dans la phrase de Trappier, deux mots sont collés l’un à l’autre : « super Rafale » et « Rafale F5 ». Le média spécialisé meta-defense.fr, dans un article du 27 août 2026, relève que ces deux appellations ne désignaient pas la même chose jusqu’ici : selon lui, le « Super-Rafale » devait succéder au Rafale, tandis que le « Rafale F5 » correspondait à une évolution profonde du chasseur actuel. Trappier emploie désormais les deux termes pour un seul et même appareil, celui de 2035.

Cette lecture est datable. Le 1er juillet 2026, Éric Trappier était auditionné par la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat sur l’avenir de l’aviation de combat — une audition où la formule « le plan B, c’est un super-Rafale » a fait les titres de la presse économique. Ce « plan B » décrivait alors, toujours selon meta-defense.fr, une trajectoire en plusieurs temps : le F5 d’abord, un drone de combat furtif ensuite, un appareil de rupture bien plus tard. Le 26 août, le premier étage absorbe le nom de l’ensemble.

⚠️ À manier avec prudence

Ce glissement de vocabulaire est une analyse de média spécialisé, pas un fait officiel : ni Dassault Aviation ni le ministère des Armées n’ont publié de définition opérationnelle des termes « Super-Rafale » et « Rafale F5 ». Seul « Rafale F5 » est une désignation de standard employée dans les documents budgétaires et industriels.

F3R, F4, F5 : la logique des standards du Rafale #

Le Rafale n’est pas remplacé, il est remis à niveau par paliers. Chaque palier, appelé « standard », est qualifié par la DGA avant d’être livré aux forces.

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StandardQualificationApports principauxStatut
Rafale F3RQualifié le 31 octobre 2018Missile air-air Meteor associé au radar RBE2 à antenne active (AESA), pod de désignation Talios, version à guidage laser terminal de l’AASM.En service
Rafale F4.1Qualifié en mars 2023Viseur de casque Scorpion, bombe AASM de 1 000 kg, échanges de données accrus entre Rafale, cyberprotection renforcée, améliorations Talios / OSF / RBE2.En service
Rafale F4.2Qualifié début octobre 2025Liaison satellite (SATCOM), Liaison 16 block 2, nouvelle voie infrarouge de l’OSF (OSF-IRST), aides à l’appontage côté Marine nationale.Mise en service opérationnelle en cours
Rafale F5Attendu 2033-2035Moteur M88 T-REX à poussée augmentée, emport du missile nucléaire hypersonique ASN4G, mise en œuvre d’un drone de combat furtif.En développement

Autrement dit : le F4 équipe les forces aujourd’hui, le F5 est le palier suivant. Quand on entend « nouvel avion de combat », il faut traduire nouveau standard d’un avion existant.

Ce que le F5 change concrètement : trois briques #

1. Un moteur plus puissant

Safran a dévoilé le M88 T-REX au Salon du Bourget, le 17 juin 2025 : une version du réacteur M88 à poussée augmentée d’environ 20 %, soit de l’ordre de 9 tonnes avec postcombustion. La raison est prosaïque — le F5 sera plus lourd et plus gourmand en électricité, avec de nouveaux capteurs, une guerre électronique élargie et davantage de calcul à bord.

2. Le missile de la dissuasion

C’est le point le plus structurant. Le 2 juin 2026, la DGA a notifié à MBDA le marché de développement de l’ASN4G (missile air-sol nucléaire de quatrième génération), un missile hypersonique appelé à remplacer l’ASMPA rénové (air-sol moyenne portée amélioré). Le communiqué officiel est explicite : le missile « sera emporté par le Rafale F5 » et sa « mise en service interviendra à l’horizon 2035 ». Il sera mis en œuvre par les Forces aériennes stratégiques et par la Force aéronavale nucléaire. Le calendrier du F5 est donc celui du renouvellement de la dissuasion aéroportée française.

3. Un drone de combat furtif

Le F5 doit voler accompagné. Le programme de drone de combat — UCAV, pour unmanned combat aerial vehicle, aéronef de combat sans pilote à bord — a été lancé le 8 octobre 2024 par Sébastien Lecornu, alors ministre des Armées, explicitement dans le cadre du standard Rafale F5. Dassault indique qu’il bénéficiera des acquis du démonstrateur européen nEUROn (premier vol en décembre 2012, plus de 170 vols d’essais) et vise une capacité opérationnelle en 2033 : furtivité, emport interne des armements, pilotage autonome avec l’homme dans la boucle.

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Pour qui suit le dossier de près : selon meta-defense.fr, c’est le drone qui porte la furtivité, le F5 restant un avion non furtif chargé de la conduite de la mission. Aucun document officiel ne décrit publiquement la signature radar du futur standard — cette répartition des rôles reste une lecture d’analyste.

Le SCAF : ce qui s’arrête, ce qui continue #

C’est là que les raccourcis sont les plus fréquents. Le 8 juin 2026, selon l’annonce faite par Berlin, le chancelier allemand Friedrich Merz et le président Emmanuel Macron se sont entendus pour « ne plus poursuivre » le développement d’un avion de combat commun. Cet avion, le NGF (new generation fighter, avion de combat de nouvelle génération), était le pilier le plus visible du SCAF (Système de combat aérien du futur), programme lancé par la France, l’Allemagne et l’Espagne. La cause est industrielle : Dassault, pour la France, et Airbus, pour Berlin et Madrid, n’ont jamais trouvé de compromis sur le partage du travail.

En revanche, le programme n’a pas été officiellement enterré dans son ensemble. Le « cloud de combat », le pilier de mise en réseau qui doit relier avions, drones et autres composants, est présenté côté allemand comme devant être poursuivi. Écrire que « le SCAF est mort » va donc plus loin que ce qui a été acté. C’est dans ce cadre que se lit la phrase de Trappier : pas de codéveloppement du F5 avec un partenaire étranger, mais la porte laissée ouverte à des « coopérations ».

Et concrètement, qu’est-ce que ça change ? #

Souveraineté

La France conserve la maîtrise complète du vecteur de sa dissuasion aéroportée : avion, moteur et missile sont conçus par des industriels français (Dassault, Safran, MBDA, Thales). C’est l’argument central mis en avant depuis l’arrêt du volet avion du SCAF.

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Industrie et carnet de commandes

Au 30 juin 2026, Dassault Aviation affichait 45,4 milliards d’euros de commandes à livrer, dont 208 Rafale — 43 pour la France, le reste à l’export — et 83 Falcon. Sur le premier semestre, le groupe a livré 12 Rafale, dont 10 à l’export, pour un chiffre d’affaires ajusté de 4,157 milliards d’euros (+46 % sur un an) et un résultat net ajusté de 496 millions d’euros. Point de vigilance : les prises de commandes du semestre sont retombées à 2,878 milliards d’euros, contre 8,075 milliards un an plus tôt.

Export et budget des armées

Trappier place l’ouverture à l’export du nouveau standard « à partir de 2035 », donc après les forces françaises : le Rafale actuel porte les ventes pendant toute la décennie. Côté budget, l’actualisation de la loi de programmation militaire (LPM) a déjà traduit ce calendrier — 20 Rafale attendus en 2031-2032 sont reportés à 2033-2034 pour être produits directement au standard F5, ce qui évite un rétrofit ultérieur.

Questions fréquentes #

Le « super Rafale » est-il un avion de 6e génération ?

Non. Le Rafale F5 est un nouveau standard du Rafale, c’est-à-dire une évolution profonde d’un avion existant : nouveau moteur, nouveaux capteurs, nouveaux armements, mais la même cellule de base. Un appareil conçu à partir d’une page blanche est un autre sujet, aujourd’hui sans calendrier officiel après l’arrêt du volet avion du SCAF.

Quand le Rafale F5 sera-t-il en service ?

Éric Trappier a indiqué le 26 août 2026 viser « le rendez-vous de 2033, 2035 ». Deux jalons publics vont dans le même sens : la mise en service du missile ASN4G est annoncée par la DGA à l’horizon 2035, et la capacité opérationnelle du drone de combat associé est visée en 2033. Aucune date de premier vol du standard n’a été rendue publique.

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Le programme SCAF est-il abandonné ?

Pas dans son ensemble. Ce qui a été acté le 8 juin 2026 entre Paris et Berlin, c’est l’arrêt du développement de l’avion de combat commun (NGF), faute d’accord industriel entre Dassault et Airbus. Le pilier « cloud de combat », qui doit relier les plateformes entre elles, est présenté comme devant être poursuivi.

✓ À retenir

Le « super Rafale » est le Rafale F5, prochain standard du chasseur français, annoncé par Éric Trappier pour 2033-2035 et proposé à l’export à partir de 2035. Il apporte un moteur à poussée augmentée, le missile nucléaire hypersonique ASN4G et un drone de combat furtif visé pour 2033.

Deux prudences : la fusion des mots « Super-Rafale » et « Rafale F5 » est une observation de média spécialisé, pas une définition officielle ; et seul le volet avion de combat commun du SCAF a été arrêté le 8 juin 2026, le « cloud de combat » devant être poursuivi.

Sources
L’interview d’Éric Trappier sur BFM Business aux Rencontres des entrepreneurs de France (43 203 vues)

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